L’Abbaye de la Celle retrouve son éclat

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Marlène Pegliasco
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[La Celle] L’Abbaye de La Celle est un témoignage de l’art roman provençal au cœur du Var. Datant du XIIIe siècle, le monument a connu une histoire assez agitée avant que le Département du Var ne l’acquière en 1992. Plusieurs campagnes de restaurations et de fouilles ont suivi par étapes afin de rendre l’abbaye dans tout son éclat et de connaître plus en détail l’histoire du site. Monument ouvert au public, l’abbaye de la Celle accueille des expositions d’art et d’archéologie ainsi que des concerts et conjugue avec merveille l’art et le patrimoine. La restauration de l’aile ouest, fermée au public, démarra en janvier 2018. Alors que les travaux ont pris fin, l’abbaye a réouvert ses portes le 19 mai 2021 et le public est invité à (re)découvrir ce joyau de l’art roman. Visite guidée dans un édifice de lumière.

 

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La galerie ouest restaurée et le préau

Le Département du Var affirme sa volonté d’allier culture et travaux scientifiques. Les sites dont il a la charge sont mis à contribution pour en faire des espaces de découverte du patrimoine et de culture, accessibles pour tous les publics. Près de 10 M€ ont été investis pour mener les cinq phases de restaurations afin de reconstruire l’Abbaye de la Celle à l’identique.

 « Tout était sous terre, la voûte s’était effondrée et la galerie ouest avait servi de dépotoir à partir du XVIIIe siècle » nous raconte Bénédicte Arroud-Vignod, guide-conférencière à l’Abbaye de La Celle. La dernière phase de restauration permet désormais aux visiteurs de faire le tour du cloître. Des travaux conséquents qui viennent clore les différents programmes de restauration débutés en 1992. A cette date, le déblaiement du site et les restaurations débutèrent par le parvis de l’église et l’aile nord ; puis ont été concernées les ailes est et sud pour terminer avec l’aile ouest, la plus endommagée. Des fouilles archéologiques furent entreprises en parallèle. Elles ont permises de revisiter la chronologie de la construction de l’abbaye : « En effet,  on pensait que la galerie nord, la plus ouvragée, avait été la dernière à être réalisée. Or, c’est le contraire. Le mur de l’entrée ainsi qu’une baie en retrait redécouverte sous les gravas en apportent un nouvel éclairage. L’appareil  y est plus soigné que le reste de la galerie ouest, réalisée avec moins de moyen tandis que la galerie est et sud sont de même facture. » Ainsi, les fouilles archéologiques ont mis à jour les vestiges d’un premier monastère datant du XIe siècle qui a été largement démoli pour reconstruire l’abbaye actuelle. Elles attestent également d’une occupation du site dès l’Âge du Fer et d’une villa gallo-romaine dédiée à l’exploitation agricole, notamment la production de vin dont témoigne la découverte de l’ancien pressoir.

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Restauration de la voûte de la galerie ouest, février 2020

C’est depuis le parvis de l’église actuelle dédiée à la Vierge que Bénédicte Arroud-Vignod nous relate l’histoire de ce site exceptionnel.  « Au XIe siècle, lors de l’édification du premier monastère, il n’y avait qu’une église dédiée au vocable de Sainte-Perpétue dont les traces sont encore visibles à l’extérieur avec la présence d’un arc doubleau et dont l’édification se prolonge dans la maison voisine ». Placé sous l’autorité de l’abbé de Saint-Victor de Marseille, il est décidé d’y construire un monastère double pour des moines et également pour des moniales issues de l’aristocratie. Un de ces  prieurs, Marcel Cervin, deviendra pape sous le nom de Marcel II. Des murs d’1m90 d’épaisseur servent de contreforts à ce nouvel édifice qui prévoit d’accueillir une dizaine de moines et une cinquantaine de moniales. Leur présence est attestée de 1099 jusqu’en 1660, date à laquelle Mazarin, abbé de Saint-Victor, décide la fermeture de l’abbaye, mal entretenue, et considérant que les moniales ne suivent pas  correctement la règle de Saint-Benoît. Transformé en ferme, le monastère double est vendu comme bien national en 1792. En 1816, l’église indépendante est achetée par l’abbé Brun qui va la remettre au culte et créer une porte dans le mur ouest. En 1886, le monastère est inscrit aux Monuments Historiques mais ce classement n’est pas suivi de restaurations. Rachetés par la famille Fournier, les lieux deviennent un grenier à foin jusqu’à leurs rachats par la mairie de la Celle en 1990 puis par le Département qui va assurer le financement des campagnes de restaurations.

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Galerie nord, détail d’une baie géminée.

 

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Galerie nord, détail de l’animal fantastique

La galerie nord comporte plusieurs baies géminées décorées de feuillages. Un animal fantastique apparaît au détour d’un angle. « L’originalité de cette galerie est qu’elle était chauffée avec un système de volets sur les baies et d’évacuation des fumées dans les coins des murs ». L’église actuelle, attenante à la galerie nord, comporte trois ouvertures : la principale pour les moniales, une à l’ouest pour les novices et une autre, vraisemblablement pour les visiteurs, accessible depuis la galerie nord et conduisant à une tribune. Son agencement est typique de l’architecture romane provençale avec une nef unique et un chœur en forme de cul-de-four. Les  retables datent de l’époque baroque. Deux objets méritent l’attention du visiteur. Un christ en bois polychrome de grande taille daterait du XIVe siècle et serait d’origine italienne. Sa représentation sans chevelure et bouche entrouverte est assez inhabituelle. Ce Christ est à l’origine du dicton provençal « laid comme le bon dieu de La Celle ». Le second est le sarcophage dit de Garsende de Sabrende, sculpté à l’époque médiévale. A gauche est représenté l’Agneau de Dieu et la face centrale est ornée d’une Dormition de la Vierge. Les personnages sont identifiables par les inscriptions figurant au-dessus d’eux et leurs symboles. Ce sarcophage a servi de fontaine sur la place du village.

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La salle capitulaire

La visite continue en parcourant les galeries est et sud. Leur style est semblable à celui qu’on retrouve à l’Abbaye du Thoronet. La salle capitulaire est le lieu où la communauté des moniales se réunissait. Elle n’est accessible que depuis l’hostellerie, louée par un bail emphytéotique. Derrière les grilles, nous pouvons voir des fenêtres à double ébrasement qui captent la lumière et la rediffusent dans la pièce. La salle est composée de deux grosses colonnes centrales et d’une croisée d’ogives au plafond. « Comme à l’Abbaye du Thoronet, cela démontre une évolution de l’art roman. Certaines caractéristiques sont toujours présentes comme une faible hauteur sous plafond, de petites ouvertures et des murs épais. »

Dans le couloir attenant se trouvaient trois armaria, des placards à livres fermés. Ce couloir permettait d’accéder au jardin qui faisait un hectare et demi. « C’est également un endroit où les moniales pouvaient échanger quelques mots à l’abri de la stricte règle de Saint-Benoît ». Vient ensuite la salle des moniales dont la fonction n’est pas connue. Elle aurait servie de lieu stockage des denrées ou d’outils pour le jardin car une porte y donnait accès. En janvier et février, l’office y est célébré car la paroisse est trop froide pour recevoir les fidèles.  Dans l’angle du cloître, au niveau de l’escalier était disposé le chauffoir, sous le dortoir.

La galerie est

En déambulant autour du préau, le visiteur se rendra compte des différents marquages au sol. « Il y a eu la volonté de mettre en évidence les différents édifices qui se sont succédés sur ce site. En rouge, ce sont les vestiges de la villa romaine et en beige, c’est l’implantation du monastère du XIe siècle, tout en sachant que chaque édifice recouvre les fondations des lieux précédents  afin d’économiser les coûts de construction».

Les fouilles de 2018 ont révélé un élément lapidaire appartenant à l’ancien lavabo, situé à l’entrée du réfectoire pour permettre de faire des ablutions avant et après le repas. Le réfectoire a été restauré en 2011-2012. Entièrement effondré, il a été déblayé et sa voûte en plein cintre, divisé par des arcs-doubleaux, a été refaite. Un tiers des pierres nécessaires à cette reconstruction provient du chantier de restauration. Des banquettes s’adossaient contre les parois des murs ainsi qu’une plus surélevée sur le mur oriental. « Des chaires en bois devaient être installées sur ces banquettes afin que les moniales puissent manger confortablement».  Un passe-plat fait le lien entre le réfectoire et la cuisine. La cuisine était installée au niveau du pressoir de la villa antique. Son sol en béton tuileau, étanche à l’eau, a été conservé par les moniales. « Dans cette pièce ont été retrouvés des morceaux de dolia et nous pensons que les chais se trouvaient dans la continuité de la pièce du pressoir ». Le visiteur peut voir les reconstitutions 3D de l’époque antique et médiévale. A l’époque des moniales, la pièce était séparée en deux par une double arcade. D’un côté une partie cuisson dont des traces noires sont encore visibles ; de l’autre coté, la partie préparation des repas et la vaisselle grâce à la source pérenne qui traversait le monastère. Cette source existe toujours et ressort  de nos jours à la fontaine du village.

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Le réfectoire accueillant l’exposition « Des Dieux et des Hommes » en 2017

En sortant de la cuisine, un culot d’angle à l’extrémité du cloître montre que le plan originel du préau devait être octogonal. Des difficultés financières survenues au XIIIe siècle semblent être la raison de l’adoption d’un plan trapézoïdale et du réemploi des fondations du monastère du XIe siècle. L’ancien parloir comporte des strates des différentes périodes d’occupation du site. Du temps du monastère double, cette pièce n’était accessible que depuis le monastère des hommes. Les fouilles de 2018 ont permis de déblayer le cellier. Composé de murs datant du premier monastère, son volume était scandé par des arcs de belle facture.

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Les murs de l’ancien parloir

L’accès à l’étage se fait par la galerie ouest. Les terrasses permettent au visiteur de faire le tour du préau. Des encoches sur le mur du dortoir devaient accueillir des poutres pour protéger les moniales des intempéries. Transformé en grenier à foin au XIXe siècle et de nos jours en salle d’exposition, le dortoir mesure presque 300 m2 et comporte des fenêtres sur ses quatre côtés. L’escalier d’accès devait arriver au niveau de la fenêtre la plus basse. Son voûtement en plein cintre et sa division en travée, délimitée par des arcs doubleaux retombant sur des culots sans ornementation sont typiques du style roman. Depuis les terrasses, le visiteur a également une vue dégagée sur l’église. Le clocher date de 1840. Les encoches sont les témoignages de l’escalier qui fut nécessaire pour le construire. Les vitaux datent de 2013. L’emplacement rectangulaire sous la gouttière abritait un cadran solaire. Le soleil inonde les terrasses de ces rayons et la pierre reflète la lumière.  Le préau se dévoile dans toute sa belle sobriété. De forme trapézoïdale, il constitue un véritable puits de lumière. « C’était le cimetière des moniales jusqu’au XIVe siècle avant d’être réservé aux promenades ». Les mûriers actuels sont un clin d’œil au temps où l’abbaye fut transformée en magnanerie.

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Début des travaux, janvier 2018

L’ultime phase de restauration permet au visiteur d’apprécier la beauté des espaces et le calme qui règne au sein de ce monastère. Des dispositifs supplémentaires permettent d’enrichir les connaissances du visiteur. Une vidéo présente le résultat des ces travaux et donne une idée de l’implantation et de l’activité des lieux depuis la villa romaine jusqu’aux temps des moniales. Le visiteur appréciera également les bancs sonores du cloître qui  diffusent un discours sur l’histoire des lieux tout en se reposant.  Des vitrines seront bientôt  installées dans la salle des moniales et présenteront le résultat des différentes fouilles. Enfin, le Département continue de mener sa politique culturelle en mêlant site patrimoniale et découverte artistique. L’Abbaye accueille des expositions temporaires sur l’archéologie et l’art contemporain dans les salles consacrées au réfectoire et au dortoir. Ainsi jusqu’au 31 octobre 2021, l’exposition « Villae. Villas romaines en Gaule du Sud » honore le passé antique des lieux  tout en dévoilant le fonctionnement des exploitations agricoles romaines. Les objets exposés, dont nombreux ont été retrouvés sur le territoire varois, témoignent du mode de vie et du génie romain en Gaule du Sud.

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L’Abbaye de la Celle depuis les terrasses, juillet 2021

Abbaye de la Celle

9, Place des Ormeaux

83170 La Celle

Ouvert du mardi au dimanche de 10h30 à 18h30 (de mai à août) et de 10h30 à 17h30 ( de mars à avril et de septembre à décembre). Dernier accès 30 minutes avant la fermeture. Fermeture les 1er mai et 25 décembre.

Site de l’Abbaye de La Celle

Le site Facebook regorge d’images présentant les travaux de restauration

Exposition « Villae. Villas romaines en Gaule du Sud » accessible jusqu’au 31 octobre 2021

 

Écrit par Marlène Pegliasco
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