L’énergie colorée de Pozde

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[Toulon] Le temps pluvieux de ce samedi 04 mars n'a pas empêché les habitués et amateurs d'art de venir chez Les Frangines, au 20 rue Pierre Sémard dans le centre historique . Cet hybrid space, ouvert depuis le 11 janvier 2017 est tenu par deux soeurs, Lisa et Davia Fardelli. Leurs passions et leur dynamisme ont déjà imprégné les murs de ce lieu qui accueillera tout le long de l'année, des expositions collectives et personnelles. C'est donc l'artiste Pozde Olivier Gianotti pour les intimes – qui inaugure  cette série d’expositions. La mise en lumière sur le travail de ce graffeur, passé des murs à la toile, est à découvrir jusqu’au 18 mars 2017. Visite guidée.

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Olivier -dit Pozde-, entouré des Frangines, Lisa et Davia

Présentation 

Le choix de cet artiste  ne s’est pas fait par hasard. Olivier est un ami intime et connaît Les Frangines depuis l’enfance. Lors du vernissage, elles ont d’ailleurs confié  qu’elles l'ont toujours vu  griffonner, puis elles ont suivi sa création et son évolution. Une inauguration émouvante donc par les liens affectifs qui unissent ces artistes mais aussi par la fierté de présenter au grand public, le travail de leur ami.

Olivier est né à Toulon. Après l’obtention de son bac, il a déménagé à Paris pour suivre une formation autour de la communication, du web et de la création graphique. Devenu web designer, Olivier a travaillé pour des e-commerces et a enseigné la communication. Cependant, sa ville natale lui manquait, à tel point qu’en 2015, il quitte la capitale pour revenir vers ses racines toulonnaises, avec à la clé, de nouveaux projets et surtout, un nouvel essor artistique personnel.

Enfin, Olivier est graffeur . C’est ici, dans la  cité du Levant qu’il débute sa production, qu'il signe du nom de Pozde : " J’ai appris à graffer entre le collège Peiresc et les lycées Bonaparte et Dumont d'Urville. D'ailleurs, dans ce dernier, il y a toujours un graff à moi qui date de 2001 ". Dans la capitale, Pozde continue de graffer. Une forme d’art qui correspond à sa jeunesse, son état d’esprit. Le métro, les voies ferrées, les ruines, les lieux désaffectés sont autant d’espaces et de supports à sa peinture. " Faire un graffiti " explique Pozde , "c’est créer sur l’instant.  Je prends mes bombes, je vais quelque part, je peins,  je ne sais pas ce que cela va être mais je le peins. La création se fait en direct " . Sur son site, vous pouvez découvrir cette production qu'il laissera de côté au moment où il décide de revenir à Toulon, signe d'un changement de cap dans sa vie artistique. Il raconte : "Quand je suis revenu à Toulon fin 2015,  j'ai trouvé un petit atelier en basse-ville avec un appartement au-dessus. De là, j’ai entrepris un nouveau virage dans ma création.  J’étais redescendu de Paris avec la volonté de formaliser de manière plus traditionnelle ma peinture " . Traditionnel signifiant travailler avec des matériaux plus adaptés à un peintre, comme des toiles ou du papier, plutôt que des murs de 5 mètres de hauteur ! Ainsi, ce nouveau tournant  se concrétise avec quelques expositions personnelles comme l’été dernier à la Brasserie La Bière de la Rade puis à Marseille en octobre 2016 au Restaurant Les Grandes Gueules.

 

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n°1

La toile ci-dessus date de fin 2015 et donc de son retour à Toulon. Pozde précise :  " La démarche est vraiment dfférente que celle que j'ai devant un mur. Il n'y a pas d'instantanéité, là il s'agit de se concentrer sur une peuvre censée durer dans le temps, sur un format classique déterminé avec d'autres techniques… J'ai délaissé mes bombes pour des tubes d'acrylique et des rouleaux de scotch…Habitué à travailler d'instinct, sans idée préconçue et sans jamais faire de retouche sur mes graffitis, j'ai adapté mon approche! Plus de rigueur, de précision, moins de place à l'erreur." Effectivement, la toile est composée, comme si chaque volume géométrique avait été placé précisément. Cette première toile , n°1 (les oeuvres de Pozde sont numérotées et suivent chronologiquement sa création) est traitée très en volumes et de façon très éclatée. Une déconstruction de ses années de graffiti, inspirée par les peintres de l'abstraction comme Kandinsky ou Malévitch. " Ils m'ont beaucoup apporté. Dans mon parcours dans la communication et dans l'apprentissage du web et de la création graphique, on apprend l'Histoire de l'Art, la découverte de ces artistes qui ont façonné la communication moderne. N'oublions pas que le Bauhaus de Kandinsky  a accompagné toute une génération d'imagiers, de graphistes, de designers, d'architectes… Le graffiti s'est nourri du pop art, du futurisme et du suprématisme. S'en inspirer, c'est aussi leur rendre hommage.  Sans pour autant les recopier, ce sont une source d'inspiration, comme les musiques actuelles."

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n°16

Toulon, point de (nouveau) départ donc ! A la suite de cette toile n°1 ont suivi d'autres créations, non soumises au figuratif avec des volumes, des aplats et du mouvement. Les quatre formats 1:1 présentés dans l'atelier des Frangines sont des tableaux créés à  la suite du travail exposé lors de ses deux précédentes expositions. "Quand je parle de suite, il y a un truc qui prend sens car  le nom de mes toiles  sont des numéros qui se suivent. Vu que mon travail n'est pas figuratif, je n'aime pas donner de titre. Je pense que ma démarche est de l'ordre de la recherche et de l'expérimentation. Sur la composition, les formes, les couleurs, il y a tout un tas de plans, de critères que je prends en compte mais  je teste, je continue, je mets en place, je vois si ça me plaît et si cela ne me convient pas, le travail disparait de la numérotation". D'ailleurs, la n°20 a été découpée pour donner deux toiles distinctes. Ici, il nous en dit un peu plus sur son approche picturale. Tout part d'un motif : dans la toile ci-dessus, c'est la tâche grise qui vient perturber la stricte régularité géométrique. " Je détourne un outil de dessin, le drawing gum. J'ai peint ma toile en gris, puis j'ai appliqué cette pâte et enfin, j'ai peint en bleu par-dessus. Enfin, j'ai gratté le drawing gum et le gris est ressorti ". Cette technique particulière donne un contraste intéressant en y  apportant un élément accrocheur visuel supplémentaire.

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n°17

20170304_175353   Fragments de la n°20 (1 et 2)

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n°19

Dans son expérimentation, Pozde s'essaie à un autre format et une autre matière : le papier. L'oeuvre ci-dessus annonce une épuration de son style. "Les oeuvres qui vont suivre appartiennent à une série où les formes se simplifient alors que mes gestes s'amplifient, en faisant de grands mouvements. Ici, c'est un grand coup de pinceau rose qui a commencé la toile et ensuite, j'y introduis des choses plus précises. C'est ce travail qui a donné suite aux cinq autres". L'évolution est nette entre ces toiles avec des volumes géométriques, ces formes construites et les larges aplats.

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Cette série de cinq adopte un format encore plus petit. Difficile de passer de la vastitude du milieu urbain à des formats prédéfinis ? Une contrainte que s'est imposée Pozde. "C'est paradoxal  car je m'impose cette limite mais je l'ai connue dans mon métier de web designer où je travaille aux pixels. Je suis dans le détail mais ce n'est pas ce que j'aime faire dans ma peinture".  Les contours sont délimités par des caches afin que sa gestuelle s'arrête nettement. Un travail plus structuré, plus épuré : les volumes sont devenus des lignes, ils ne sont plus en apesanteur dans une profondeur inventée mais se sont stabilisés en des rectangles sages. Une composition structurée par des lignes parallèles et perpendiculaires où peu d'obliques viennent perturber cette sereine quiétude. Les aplats de couleurs suivent cette structure. Tout est coordonné comme un ballet où chaque danseur évoluerait au même rythme.

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Monochromes et drawing gum

Les quatre monochromes ci-dessus sont ses dernières créations. Nous y retrouvons l'application si singulière du drawing gum. Sous le dégradé bleuté se cache une tâche orange qui se dévoilera… ou pas ! À l'initiative de l'artiste ou du spectateur de gratter la matière. En effet, le visiteur devient participant de la création artistique. Ces tableaux deviennent des objets qui peuvent évoluer à notre gré. On peut les gratter mais aussi les tourner car elles ne sont pas signées sur le devant. L'artiste comme l'amateur peut donc les exposer dans le format souhaité et faire évoluer le tableau. "Travailler au drawing gum puis gratter la toile revient à faire de la performance. C'est là qu'on peut se demander où est la limite entre l'art pictural et l'art conceptuel. Ma création est purement visuelle, je suis à la recherche de l'esthétique, des formes, d'une composition plaisante. Mais finalement, cette tâche que laisse apparaître le drawing gum, c'est aussi un clin d'oeil à mes années de graffeur. Un mur de graffitis est composé de multicouches de peintures et à certains moments, les murs se gonflent et des cloques apparaissent. Cette tâche est un souvenir" .

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Le peintre graffeur

Son style explosif et coloré s'épure au fil des mois. Témoignage de la quiétude toulonnaise retrouvée, cette décharge artistique s'affine dans le style propre à Pozde.  Combinant différentes techniques – acrylique, peinture en bombe – avec plusieurs matières, son style plaît et accroche l'oeil.  Les visiteurs sont réjouis. Les couleurs joyeuses et colorées, "gourmandes" comme l'a souligné Lisa Fardelli, les ont tout de suite enchantés.  Les oeuvres se meuvent en chocs visuels où la vie explose. Pozde a mis en oeuvre quelque chose qui était en lui depuis longtemps. Cette sensation se ressent. La création que Pozde nous offre aujourd'hui correspond à un cheminement. Tel est le fil conducteur de cette exposition. "Aujourd'hui, je souhaite concrétiser certaines choses. C'est plus traditionnel par rapport au graffiti mais quand on avance dans l'âge, on l'exprime différemment! J'ai envie de me poser, de me tourner vers une création plus réfléchie. Je me nourris des oeuvres des artistes abstraits, cubistes et suprématistes. Cette inspiration est une étape de mon processus artistique". Cette exposition reflète la mise à nu de cet artiste qui nous présente sa création comme s'il nous offrait son âme.  Imprégné de son identité de graffeur, Pozde continue sa recherche.  Il a épuré ses fresques chargées de matières colorées  afin d'aller à l'essentiel et ne garder que le fondamental: l'essence même de sa sensibilité d'artiste.

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Olivier entouré des Frangines Lisa et Davia

À découvrir jusqu'au 18 mars 2017

Les Frangines

20 Rue Pierre Sémard/ 47 Rue de Pomet

83000 Toulon

Ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h30

06.08.42.13.94

 

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