Les Villas romaines en Gaule du Sud, à découvrir à l’Abbaye de La Celle

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Marlène Pegliasco
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[La Celle] Jusqu’au 31 octobre 2021, l’Abbaye de La Celle accueille au sein de l’ancien réfectoire des moniales et de leur dortoir l’exposition « Villae. Villas romaines en Gaule du Sud ». Cette exposition riche de 140 objets archéologiques est un clin d’œil au passé antique des lieux car le monastère a été construit sur les ruines d’une villa romaine. Datée du Ier au VI siècle de notre ère, cette villa a maintenu son activité jusqu’au VIIIe siècle avant d’être abandonnée. Plus largement, l’exposition met en évidence l’exploitation agricole dans le monde antique et l’adaptation du mode de vie romaine à une population locale. Dans une région dominée par Rome depuis la Guerre des Gaules, la fondation de colonies en Gaule Narbonnaise, comme Fréjus-Forum Iulii, accentue le développement d’un territoire et un commerce toujours plus vivace.

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L’archéologue Yvon Lemoine, co-commissaire de cette exposition avec le chercheur Emmanuel Botte,  évoque les raisons de cette thématique : « Les vestiges d’une villa romaine, ainsi que des fragments de chais et de dolia, ont été retrouvés au moment des différentes phases de fouilles menées depuis 1998. La découverte d’autres éléments nous a fait comprendre qu’il y avait deux espaces distincts : un espace privée, la pars urbana et un espace de production, la pars rustica» dont les zones ont été localisées respectivement au niveau de la salle capitulaire, du réfectoire et de la cuisine. L’implantation de cette villa est optimale : à proximité d’une source pérenne, sur un coteau fertile abrité du vent et à quelques kilomètres de la Via Aurelia, axe de communication terrestre principal qui reliait l’Italie à l’Espagne..

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Bas-relief figurant une moissonneuse romaine – Haut-Empire – Virton, musée Gaumais

La villa gallo-romaine, comme la majorité des 190 villae retrouvées sur le sol varois, est une grande ferme agricole qui produit essentiellement du vin mais également de l’huile d’olive, du fromage, du miel et des céréales pour les besoins de ses occupants. L’exposition montre ainsi les différentes constituantes d’une telle exploitation et comment elle s’inscrit dans le territoire local. Tout d’abord, le choix d’un terrain et l’implantation d’une villa sont  présentés dans le réfectoire des moniales. La multiplication des villae en Gaule Narbonnaise s’explique par le développement commercial de l’axe rhodanien et les échanges avec les colonies méditerranéennes. Les conditions du choix d’un territoire pour assurer un potentiel économique sont connues par les écrits des agronomes romains Caton, Varron, Columelle et Palladius. Des arpenteurs seront chargés de choisir les terrains et de les analyser au moyen de trois outils : la groma, le chorobate et l’équerre de visée. Certains objets archéologiques montrent les techniques d’exploitation, comme le bas-relief de la moissonneuse des Trévires, de mesures, jusqu’à la commercialisation des produits.

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Pipette à vin, Ier siècle

L’huile et le vin étaient transportés dans trois conteneurs : l’outre, le tonneau et l’amphore. Les transports se faisaient autant par charrette et par voie terrestre que par la voie maritime dans un empire toujours plus vaste, s’étendant de l’Inde jusqu’en Écosse. « Il existait des ateliers de potiers dans le Var, destinés à la fabrication de ces amphores, mais éloignés des propriétés car ils produisaient beaucoup de fumée ». Les différentes variantes d’amphores nous renseignent sur leur origine. Sur le col, une inscription indiquait son contenu ainsi que le nom de son propriétaire et parfois celui du potier. Les amphores remplies de vin étaient fermées hermétiquement par un bouchon de liège recouvert de poisse, de la résine de pin visqueux qui rendait le contenant étanche et hermétique.

Borne milliaire de Néron – Découverte en 1745 à Brignoles à Cadéou – Installée en bordure de la via Aurelia en 58 ap. J.-C. – Ville de Marseille, musée d’Archéologie Méditerranéenne

L’exposition présente deux modèles de pipettes à vin qui servaient à prélever un échantillon de liquide et à le faire déguster au client. Une borne milliaire de Néron rappelle l’agencement du réseau routier de l’Empire romain. Les bornes milliaires indiquaient les distances en milles romain (équivalent à 1478 mètres) mais pouvaient également servir comme supports de communication politique. Plusieurs outils pour travailler la vigne éclairent le visiteur sur des techniques dont ont hérité nos ancêtres (hachettes et herminettes). Enfin, un sarcophage de marbre blanc  dit de Syagria , retrouvé non loin de l’Abbaye de La Celle et qui servit à l’inhumation d’un riche propriétaire entre 250 et 300, soulève les rapports entre propriétaires et esclaves.

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Sarcophage de Syagria La Gayolle : Sarcophage dit “de Syagria” – Mentionné par N.-C. Fabri de Peiresc en 1626 à La Gayolle (La Celle, Var) – IIIe siècle (remployé au VIe siècle) (cl. N. Lacroix).

La deuxième partie de l’exposition se déroule à l’étage, dans le dortoir des moniales. Mercure, dieu romain du commerce, accueille le visiteur. Cette salle est divisée en trois parties. Yvon Lemoine a souhaité rendre compte de ce que pouvait être la pars urbana et la pars rustica, reliées par la cuisine et les ustensiles utilisés pour la préparation des repas. L’emploi de couleur différente met en valeur chaque zone. La pars urbana, partie de la villa réservée au maître et à sa famille, peut être richement décorée de mosaïques et de sculptures. Plusieurs objets présentés et découverts dans le Var montrent une prédominance pour l’image de Bacchus et de son cortège. Dieu de la vigne et du vin, Bacchus préside à la bonne récolte de l’exploitation agricole. Autre représentation, celle de Méduse. Un gorgoneion découvert aux Arcs-sur-Argens rappelle qu’elle était invoquée en qualité de gardienne des lieux et protégeait les propriétaires des visiteurs indésirables.

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 Relief de Méduse (Gorgoneion) en bronze, Villa de La Roquette, Les Arcs-sur-Argens, Haut-Empire. Ministère de la Culture, DRAC, Service régional de l’Archéologie (Cl. L. Damelet, CNRS, CCJ)

Plusieurs lampes à l’huile étaient disposées dans l’habitat. Elles étaient bon marché tandis que les mèches et les combustibles étaient plus onéreux. Derrière une de ces lampes se dévoile un objet exceptionnel appelé le miroir monétaire de Néron. Sculpté du visage de l’empereur, d’après une monnaie circulant à cette époque, l’intérieur montre un miroir légèrement convexe qui permettait de voir l’ensemble du visage. Du fard à joues étaient secrètement gardés en son sein. Les fouilles archéologiques ont livré plusieurs objets liés aux soins du corps (peigne à cheveux en bois découvert à Toulon) et également au plaisir de l’oisiveté. Les jeux occupaient une place centrale dans la vie des Romains, comme l’atteste une tablette et son stylet d’écriture. L’ensemble des pièces exposées nous fait pénétrer dans la vie intime des propriétaires gallo-romains.

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Miroir monétaire de Néron Callas : Miroir monétaire de Néron en bronze – 66-68 ap. J.-C. Découvert en 1960 dans la cella du mausolée de la Trinité à Callas (Var) Ministère de la Culture, DRAC, Service régional de l’Archéologie (Cl. L. Damelet, CNRS, CCJ).

Sur le mur nord est exposée une œuvre assez exceptionnelle, une mosaïque représentant les Trois Grâces et Bacchus chez Ikarios. Découverte en 1919 à Vinon-sur-Verdon, elle était posée dans une pièce de réception du riche propriétaire et témoigne d’un certain art de vivre dans la haute société gallo-romaine. La citation d’un vers du poète romain Martial et l’origine grecque du thème en font un exemple de culture  antique, significatif au sein des riches demeures où les maîtres de maison et leurs hôtes appréciaient de se confronter à des échanges intellectuels.

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 Mosaïque de la villa de Pèbre Vinon-sur-Verdon : Mosaïque des Trois Grâces et Bacchus chez Ikarios – Découverte en 1919 dans la villa de Pèbre à Vinon-sur-Verdon (Var) – Fin du IV° siècle – Ville de Manosque © Cl. L.Gayte, DLVA

Le Var est un territoire où de nombreux domaines et châteaux viticoles sont installés. Le vin d’appellation « côteaux varoix » et « côtes de Provence » trouve un écho dans cette exposition non seulement intéressante pour comprendre le passé antique du département mais également pour apprécier la richesse artistique des habitations et les échanges commerciaux dans cette partie stratégique de l’Empire.

Jusqu’au 31 octobre 2021

« Villae. Villas romaines en Gaule du Sud »

Abbaye de La Celle

Place des Ormeaux

83 170 La Celle

Ouvert du mardi au dimanche de 1de 10 h 30 à 18 h 30 (de mai à août), de 10 h 30 à 17 h 30 ( de mars à avril et de septembre à décembre).
Dernier accès 30 minutes avant la fermeture.

 

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