Audrey Casalis ou le questionnement de l’être

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[Paris] [Bruxelles] Si le caractère d'un artiste se reflète dans sa création, on peut tout de suite saisir que les dessins d'Audrey Casalis sont comme un journal intime. Les questionnements humains, les angoisses mais aussi les espoirs prennent corps dans ses dessins délicats. La jeune artiste parisienne, diplômée en image imprimée de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs compose des dessins à la pierre noire où imaginaire et nature se mélangent, où s'incarne toute la dimension métaphysique de l'être. Enfermé dans une bulle irréelle, chaque spectateur viendra puiser ou projeter ses impressions. Après avoir exposée à Drawing Now Art Fair, elle est à l'honneur à la Galerie Particulière de Bruxelles dans une exposition personnelle intitulée "Here we are" où elle présente sa nouvelle série consacrée aux arbres. Rencontre avec une artiste qui sonde les ressentis humains.

audrey casalis

Arbre noir #22 © Audrey Casalis

Marlène Pegliasco: Pourriez-vous décrire votre parcours?

Audrey Casalis : En 2013, j'ai obtenu mon diplôme en image imprimée à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts  Décoratifs (ENSAD). J'y ai étudié la photographie, le volume, le graphisme, l'écriture et j'ai beaucoup travaillé la gravure. C'est à cette occasion que j'ai réalisé celles sur l'insomnie. Ce médium me plaît énormément et j'en suis venue au dessin lors de ma rencontre avec la Galerie Particulière en 2014. Graver en dehors des installations qu'offre l' ENSAD était un peu compliqué et puis, je cherchais à explorer d'autres pratiques artistiques, aussi, j'ai cherché un médium accessible qui se rapprochait des tonalités données par la gravure. Il n'y a qu'avec la pierre noire que j'arrivais aux mêmes résultats. Cette nouvelle exploration m'a motivé et boosté. Mes premiers dessins étaient la reproduction de mes gravures "Insomnie" que j'ai réalisées pour l'obtention de mon diplôme. 

M.P.: Expliquez-nous votre pratique.

A.C.: L'inspiration va dépendre du sujet bien sûr. Le quotidien me nourrit d'images, de là, mon imagination les transforme, puis je commence à construire une forme et après, je me laisse guider par le dessin. Je construis mon dessin par couches de pierre noire. Je réalise une première couche, j'estompe pour faire monter les gris, puis une deuxième et ainsi de suite afin d'avoir plusieurs nuances et arriver à obtenir un noir très profond. Les blancs ne sont que de l'épargne ou alors quelques légers coups de gomme pour une incise particulière. Il n'y a que la pierre noire qui m'offre une telle profondeur de noir.

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Enfermement #3 © Audrey Casalis

M.P.: Parlez-nous de vos séries graphiques.

A.C.: Si dans la série "Insomnie", un petit personnage incarne un soi intérieur, il disparaît dans les séries suivantes "Les Demeures" et "Enfermement". Mais qu'il soit présent ou absent, mon travail parle de l'introspection de l'être. Mon but était que chacun puisse se projeter, ressente ses sensations. Evidemment, ces séries sont très personnelles, une recherche intime, un chemin inacessible mais où une issue semble possible grâce à la lumière. Qu'elle vienne de l'extérieur ou de l'intérieur, elle constitue la voix vers la délivrance. Quant à la série des "Arbres noirs", il y a toujours cette projection de l'être. Mais je souhaitais montrer cette force de la nature, les sentiments que l'arbre inspire comme la fierté et le symbole vital qu'il incarne. Pour cette série, j'ai aussi choisi un format différent. Ce format rond est plus atypique, plus doux, et permet de centrer mon dessin sur le tronc. Un arbre aux branches nues sans feuilles, ni racine, mais dans un environnement onirique, à la fois aurorale et crépusculaire qui interroge. Rêve ou réalité?

M.P.: Vous accordez un rôle important à la lumière.

A.C.: En effet, la lumière est présente dans tous mes dessins. Mon quotidien est comme une banque d'images que je transforme pour créer des lieux imaginaires dans mes compositions. Chaque lieu est dépouillé et la lumière vient montrer des choses, parfois les dévoiler, les révéler. La lumière creuse, s'introduit, attire. Elle agit en interaction avec cet individu qui parcourt mes séries, qui s'absente, ou les arbres de mes dernières créations. Elle symbolise la vérité inaccessible qu'on cherche à atteindre, parfois l'espoir. Mais est-ce vers elle qu'on doit aller? Ne nous éblouit-elle pas? N'est-elle pas mensongère? Dans les dessins "Arbres noirs", il y a un côté druidique, chamanique. La lumière dévoile les veines du bois et donne vie à cette nature.

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Le Doute #1 © Audrey Casalis

M.P.: Quels sont vos projets?

A.C.: Il y a une vraie évolution dans mon travail. Les séries "Insomnie", "Les Demeures" et "Enfermement" constituent une réflexion très intime qui avaient beaucoup de sens. Nous retrouvons cette imbrication du minéral et de l'architecture puis ma dernière série laisse une place entière à la nature, même si la présence humaine se devine à travers l'absence. Je cherche à donner du sens. On se questionne, on s'interroge et mes dessins sont le point de départ d'une réflexion personnelle mais que chaque individu peut mener de manière isolée. Mes prochains dessins exploiteront toujours cette question identitaire mais de façon plus frontale, plus sévère, plus profonde aussi.

arbre noir-12-2017-D16-150dpiArbres noirs #12 © Audrey Casalis

Jusqu'au 30 juin 2018
Audrey Casalis – "Here we are"
La Galerie Particulière
Place du Chatelain, 14
1050 Bruxelles
Belgique
Plus d'infos ici
Site internet d'Audrey Casalis ici
 
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